lundi 2 mai 2011

El Misti



Fin septembre 2008 :

Depuis que je suis à Arequipa, je me suis toujours fait la réflexion que le volcan Misti (dont le nom en Quechua signifie "Señor") ressemblait à une sorte de gros tas de gravats géant. Ben -je peux désormais le confirmer- c'est ça en fait : un bon gros monceau de pierraille, un satané fatras de blocs de pierre, de poussière et de lave culminant à 5822 mètres...
Et allez savoir pourquoi, j'avais bien envie de gravir ce gros bousin pour voir ce qui se passait là-haut, aux abords du cratère.

Voici donc, en exclusivité, le récit épico-dantesque de mon ascension...

Jeudi 25 septembre, 10h15
Notre 4x4 déglingué cahote sur une route complètement disloquée. Mes partenaires d'expédition sont un couple d'Italiens, Lisa et Alvise, qui ne parlent ni espagnol, ni français, ni anglais. Ça commence bien...

Comme d'habitude (n'en déplaise à Alain Gillot-Petré) le temps est au beau fixe. Le conducteur du 4x4 nous dépose tous les trois, ainsi que nos deux guides, Juan et Inti, au point de départ de l'expédition, à 3415 mètres. Courage : plus que 2400 mètres et le Misti ira rejoindre la liste (classée secret-défense) de mes conquêtes péruviennes.

On se met en route, d'un pas tranquille. L'objectif de la journée est de rallier le "nid d'aigle", notre camp de base (étagé de 4400 à 4600 mètres), où nous sommes supposés camper avant d'entamer les choses sérieuses le lendemain.

La première heure de marche, R.A.S. tout se passe bien.

Ca monte pépère : une promenade de santé, rien de plus. Seul Inti semble un peu essoufflé et traîne un peu derrière. Mon petit doigt me dit que ça fleure bon le guide en mousse...
Puis, tout d'un coup, Juan nous fait remarquer que...


Et oui : un rigolo plein de plumes non-identifié n'a rien trouvé de mieux à faire que de mettre le feu à la pampa un kilomètre derrière nous. Brillante idée, d'autant plus que le vent souffle méchamment dans notre direction ! D'emblée, je soupçonne notre ami italien qui fume comme un pompier et sème ses mégots aux 4 vents. Je me garde bien d'exposer mes soupçons et nous continuons notre route, en hâtant un peu le pas, histoire de ne pas subir le même sort que celui qu'endurent quotidiennement des milliers de malheureux cuys passés au grill.

Finalement, on parvient à échapper aux flammes et après 4 heures de marche, vers 15h, on arrive au camp, dans la partie basse du nid d'aigle, à 4400 mètres. Je me pose sur un rocher vaguement en forme de hamac et je me repose un chouy'. Puis vers 17 heures, la luminosité commence à décliner. Le coucher de soleil promet d'envoyer du bois...
Je sors donc l'appareil photo :

Le volcan Picchu-Picchu sous les dernières lueurs du jour

Le soleil se couche sur la vallée d'Arequipa

La ville s'éclaire au crépuscule

Après la session photo, on ingère un bon repas, une bonne tisane et tout le monde au lit. Heure de coucher : 6h30. Heure de réveil prévue : 1 heure du mat' pour la ruée vers le sommet.
Mes impressions au coucher en images :



Comme vous pouvez le constater, j'étais plutôt confiant à ce moment là. On peut même dire que je faisais un tantinet le malin (si si, on peut le dire). J'étais bien loin de concevoir à quel point on allait en baver...
A 1h04 du mat', Inti vient me "réveiller" (sur 7h30 potentielles, j'ai dormi environ 3 heures, d'un sommeil en carton-pate). Tout en préparant le petit-dèj, Inti nous dit qu'il restera au camp de base pour "veiller sur les affaires" alors que dans toutes ces expéditions, il y a toujours un guide de backup au cas où un (ou plusieurs) des membres de l'expédition craque le slip et doive redescendre. 3615 guide en bois, bonsoir... Mes doutes à son égard se trouvent confirmés : il était tout simplement un peu court physiquement. Tout ça me rappelle la réflexion d'un gars sur son blog : "au Pérou, la plupart du temps un guide c'est juste un type sympa qui vous fait à manger et qui connaît le chemin". Tout ça ne me dit rien qui vaille car je ne suis pas tout à fait convaincu que les italiens auront la trempe pour aller au bout et j'ai peur qu'ils doivent faire demi-tour à un moment ou à un autre.
M'en fous : avec ou sans guide, j'irai jusqu'à la croix du sommet, tel un pélerin cul-de-jatte rampant contre vents et marées jusqu'à Saint Jacques de Compostelle.
A 1h50, on met les voiles dans une obscurité à peine aténuée par la lueur des étoiles. Pas sûr que la vidéo suivante soit très nette mais je la mets quand même, ça donne une petite idée de ce que ce qu'a pu être notre ascension nocturne :



A peine marche-t-on depuis 10 minutes que je suis pris d'un mal de crâne XXL. Du genre qui vous agrippe et qui ne vous lâche plus. J'ai l'impression qu'un lutin malicieux caché dans ma tête me titille le lobe pariétal avec un scalpel rouillé enduit de sauce chili. Bref c'est pas terrible, d'autant plus que je me sens un peu barbouillé : je suis conscient que je suis tout à fait capable de lacher une jolie peau chamarrée d'un moment à l'autre sur mes chaussures. Vous l'aurez compris : marcher à 4500 mètres ne me réussit guère. A cette altitude, l'oxygène se fait (très) rare. Je lutte pour avancer : chaque pas est un calvaire.
Alors que je doutais de mes partenaires italiens, c'est finalement moi qui semble en bonne voie de mordre la poussière du Misti et de devoir rentrer piteusement au camp de base. Pourtant, je m'accroche, refusant l'échec. Profitant d'une pause, je gobe un stimulant analeptique cardiorespiratoire agrémenté d'un gramme de paracétamol. 15 minutes plus tard, miracle : le mal de crâne disparaît et je me sens un peu mieux (y a des jours comme ça où je me bénis d'être le docteur Fuentes).
La marche nocturne, interminable, se poursuit. Nous sommes tous congelés sur place. Le rafalant glacial nous charcle et nous congèle les os. Mes doigts de pied se sont transformés en Mister Freeze... Mais keskifout le soleil, veut pas réapparaitre, corneguidouille ? Ben non, il réapparait pas... Et on marche, on marche, comme des lemmings, sans réfléchir. Lisa l'italienne donne de sérieux signes de faiblesse. Elle progresse à la vitesse d'un fer à repasser amarré à une caravane avec le frein à main enclenché. Elle a pas l'air très en forme... Mais bon elle est plutôt courageuse et ne lache pas l'affaire. Enfin, vers 5h, alors qu'on marche depuis plus de 3 heures, le soleil se risque à une (très) timide apparition :


Bon, ça réchauffe pas des masses, c'est plus symbolique qu'autre chose mais au moins ça rompt un peu la monotonie. On est à plus de 5200 mètres. A cette altitude, autant vous dire que ça rigole pas. On tient plus du zombie que du randonneur classique. Chaque pas vous coûte. Il faut mouiller le maillot et aller taper dans ses ressources pour progresser. Néanmois on continue sans relâche notre route vers le sommet. L'ombre titanesque du Misti se dessine dans la vallée :


Tout le monde est crevé. Même Juan en a plein les baskets. Il propose qu'on n'aille pas jusqu'au sommet et qu'on s'arrête au niveau du cratère. Je lui fais comprendre que je suis pas venu pour acheter du terrain mais pour aller au sommet du tas de gravats, même si je dois finir en raclant la poussière avec le menton. Il opine à contrecoeur... Enfin, on arrive au niveau du cratère. Lisa décide d'en rester là. La pauvre est à bout de forces. Alvise est bien carbo lui aussi. Il hésite mais finalement nous emboite le pas. On attaque la dernière ligne droite, bien pentue, dans un sable meuble qui s'enfonce sous chacun de nos pas. Autant dire que la progression n'est guère aisée... Encore 30 minutes de marche et on touchera la croix. Un petit effort, on y est presque :


7h50 : ça y est, enfin ! J'arrive au sommet 2 minutes après Juan, et je m'empresse de lui demander d'immortaliser la scène :


La vue depuis le sommet est mémorable. Je ne regrette pas de m'être secoué les puces et d'avoir escaladé le talus. Ca valait vraiment la peine :




10 minutes après notre arrivée, notre ami italien, complètement sur les rotules, nous rejoint à la vitesse d'une Lada tractant un paquebot. Je me dis à ce moment qu'il doit regretter de fumer clope sur clope et que ça va peut être le dégouter à vie... 30 secondes plus tard, à peine arrivé à 5822 mètres, à moitié mort de fatigue, il s'en allume une petite en goody...

Après la session photo, il est temps de dire adieu au sommet et de redescendre. Juan nous explique que le chemin n'est pas le même pour la descente : cette fois on ne passe pas par la caillasse mais par la cendre. On dirait du sable noir très fin mais en fait ce n'est rien d'autre que la lave du volcan.
Le flanc du volcan est incliné à une quarantaine de degrés. La descente est un régal... Me vient alors une idée pas très finaude :



Après une bonne tranche de rigolade, 1400 mètres de dénivellé parcourus en un rien de temps et quelques bonnes gamelles, on rentre au camp de base. On se repose 45 minutes et finalement on termine la descente tranquillement. A 11h30, nous sommes de retour à notre point de départ, où nous attend le 4x4 pourlingue.

Autour de nous, suite au feu de la veille, toute la végétation a cramé :


Enfin nous rentrons à Arequipa. Après l'effort, le réconfort : je retrouve ma chambre d'hôtel et m'offre une douche bien méritée puis je me pose dans un bon resto et engloutis un succulent ceviche ainsi qu'un filet de sole grillé à point.

Bilan : une bonne expérience, mais dure, très dure. De là à dire qu'on ne m'y reprendra pas...


2 commentaires:

Simon Vladimir a dit…

Votre idée de descendre le flanc abrupte du Mitsi en courant me semble des plus brillantes ?
Etes vous sur de ne pas abuser un peu trop des feuilles de coca ?

Cordialement

Simon Vladimir

Anonyme a dit…

L'étau se resserre autour de Frank Schleck. L'agence de presse, Associated Press annonce que son équipe, la CSC, l'a suspendu à titre provisoire. Le Luxembourgeois a en effet avoué avoir effectué un virement bancaire d'un montant avoisinant les 7000 euros sur le compte d'une banque suisse dont le propriétaire du compte n'est autre... qu'Eufemiano Fuentes, le médecin espagnol, impliqué dans l'affaire Puerto

... on voit mieux maintenant avec quel argent tu te payes des cuys !
Georges B.