lundi 2 mai 2011

Une pincée de sel



15 Octobre 2008, 11h - Potosí, Bolivia

Je retrouve mon fidèle escuyer Manuel au terminal de bus. Ledit bus est bien évidemment une blague montée sur essieux, mais l'expérience m'a enseigné qu'il ne faut pas être trop regardant sur la qualité des montures en Bolivie.

Fichtre, cela pullule d'anglois, de ricains et d'irlandais qui parlent fort... très fort... On se croirait dans un reality show débile de MTV. Bien évidemment, le trajet en cette compagnie lugubre, plus avilissante que 10 épisodes de "plus belle la vie", plus abrutissant qu'un débat présidentiel entre Sarko et Mongolène, plus décérébrant qu'un entretien philosophique avec un trio BHL - Finkielkraut - Zavatta, est un authentique chemin de croix post-nihiliste. Je ronge mon frein en attendant que ca passe. La grosse anglaise du siège de devant n'arrête pas de se baisser pour ramasser d'improbables et hypothétiques schmilbliks qui, bizarrement, s'obstinent à choir sans relâche par terre. Etant donné que son futale ne semble pas vouloir s'arrimer à sa taille, il en résulte qu'au bout de quelques minutes, tout le monde à l'arrière du bus connaît parfaitement la topologie de sa raie en peau d'orange... Et croyez moi c'est pas joli, joli...

Mais bref, passons.

Nous finissons par arriver à Uyuni, au terme d'un interminable voyage de 7 heures (pour 200 km grosso merdo...). Uyuni est un bled bien pourlingue. "It's a shithole", comme m'avait lyriquement suggéré une sympathique anglaise rencontrée au cours de mes pérégrinations. Elle était bien en-deça de la vérité la vilaine !! Uyuni est une sorte de moisissure urbaine née du néant au milieu du désert à 3600 mètres d'altitude, un étron proto-goa distillé par un titan défécateur un lendemain de cuitasse, la fiante géante d'un animalcule architecte. Et j'exagère à peine.
A peine arrivés au "terminal de bus", nous voilà assaillis par des racoleurs qui essaient de nous aiguiller vers leurs bouibouis crapadingues chambres d'hôtel. On se résigne à en choisir un qui nous offre le taxi et l'hébergement gratos si on choisit son agence pour partir dans le Salar d'Uyuni... Marché conclu, ribaude. Départ prévu le lendemain matin à 10h30.

Mais au fait, je vous parle du Salar d'Uyuni. Cékoidonc le Salar d'Uyuni ? C'est ça, bande de fainéants. Faut même vous faire vos recherches wikipedoc maintenant ? Pffff, quel pays d'assistés la France. J'sais pas si j'vais revenir moi...

Bon, reprenons...
Ce matin du 16 octobre 2008, Manuel et moi sommes témoin d'une scène pour le moins tragicocasse que je me dois de vous raconter. Au bout de la large rue qui fait face à l'agence de voyages dans laquelle nous avons réservé le tour, j'aperçois un curieux véhicule jaune. Un sous-marin ? Non, attendez la suite. Le véhicule se déplace à un train de sénateur cul-de-jatte. Quelques minutes plus tard, lorsque le triste bouzin roulant passe sous nos yeux, on se rend enfin compte de quoi il s'agit :

Non, inutile de vous frotter les yeux, vous ne rêvez pas. C'est bien une pauvre petite vendeuse à la sauvette qui pousse sa roulotte portative pour faire son bizness de la journée : vendre des oeux, des sandwichs imbibés d'huile et de gras, des saucisses faisandées, du graillon et autres spécialités culinaires locales. Bref, une journée comme une autre pour Moumakita qui s'apprête à faire tourner son petit bizness pour faire rentrer un peu de pépettes dans le bas de laine.
Manque de pot pour Moumakita, il y avait quelque part en cet univers un Dieu moqueur ou quelque entité maligne qui avait décidé que ce serait pas son jour. Elle allait s'en rendre compte quelques minutes plus tard...

Moumakita arrête donc son carosse sur le bas côté de la route, à une cinquantaine de mètres à notre gauche, et s'en fut acheter quelques ingrédients de base à l'épicerie.
Une minute plus tard, nous entendons un bruit de moteur lancé à vive allure. Un bus touristique... Mais... il blague pas ! Il est lancé à tombeau ouvert ! Il va au moins à 100 à l'heure et...
Tout alla alors très vite.
Le conducteur (probablement fin bourré, comme il est d'usage pour moults chauffeurs boliviens, même si nous n'allions jamais avoir le fin mot de l'histoire) perd le contrôle de son bus. Enorme embardée à droite, à gauche et... Paf, droit dans la caravane de Moumakita. Puis, par miracle, reprise de contrôle du bus et... fuite du chauffeur par une rue perpendiculaire. On ne saurait jamais si la police l'attraperait ou non...

Ceux qui ont déjà joué à Carmageddon pourront s'imaginer les dégats infligés par un gros bus touristique qui emboutit à plus de 80 km/h une caravanette. Pour les autres, votre (cruel) serviteur a pris une photo souvenir :

- Et sinon, comment s'est déroulée la mission ?
- Impeccable, la roulotte de Moumakita a juste un peu morflé.


Je vous avais prévenus : c'était vraiment pas son jour... Enfin, encore heureux que le bus n'arrivait pas à contresens, sinon je brouterais les pissenlits d'Uyuni par la racine...

Voilà, après cet intermède désopilant, reprenons notre histoire. Une heure et demie de retard et notre chauffeur édenté arrive enfin dans son gros 4x4 tape-cul. Vla le tas d'boue :



C'est parti. Première destination : le cimetière de trains, à 5 minutes d'Uyuni. On se croirait vraiment au Far West :




This is Sparta ? NO, THIS IS FAR WEST bande de corniauds !!



Bon, c'est bien gentil cette nécropolette de trains mais au fond ça m'en touche une sans faire bouger l'autre. Alors cap sur le Salar, sacrebleu, on veut voir du lourd maintenant !! 45 minutes plus tard, mon souhait est exaucé : on y est dans le Salar et c'est très... bizarre. On se croirait sur une autre planète. Ici l'albédo est tellement élevé que rien que l'idée d'enlever ses lunettes de soleil est éblouissante. Jugez plutôt :




On rrrrrikole pien dans le Salar...


Après cet arrêt, on met le cap sur un hôtel de sel où nous sommes supposés nous restaurer. Le temps que le cuistot prépare la popotte, un peu d'exercice s'impose :


Ca vous épate, hein ? C'est Steven Seagal qui me l'a appris.


Peu après, nous passons à table et boulotons un déjeuner digne des testicules de moutons de Fear Factor : positivement dégueulasse ! La viande ressemble à l'opossum bouilli de Jackass. Beuaark ! Les papilles pleines de saveurs débectantes, nous remontons dans le tape-fion. Prochaine destination : la Isla del Pescado (l'île du poisson pour les non-hispanophones).
- Et pourquoi l'apelle-t-on l'île du poisson ? demandé-je à notre chauffeur édenté.
Ce dernier se retourne lentement vers moi, avec un air ému de conspirateur. Ca me rappelle une scène de film d'aventure où un paysan local est sur le point de révéler un terrible secret au héros de l'histoire. Sans nul doute, il va me divulguer quelque chose de l'ampleur du secret de la Pierre Philosophale et de l'Arche d'Alliance réunies.
- Parce qu'elle ressemble à un poisson, me répond-il, des trémolos dans la voix.
Fallait y penser...
De fait, je ne vois pas trop la forme de poiscaille mais le fait est que c'est plutôt surréaliste comme décor :




Pas le temps de traîner, on prend la route pour le gîte où nous passerons la nuit. Après une heure de trajet au milieu de rien, nous y sommes.
Tiens, y a un terrain de foot. Y a même un ballon au gîte. Je propose donc un chti match à 3600 mètres d'altitude. Condition physique en mousse, s'abstenir. Dans l'équipe d'en face, un Allemand tripote pas mal. Le jeune malappris tente de m'humilier en public en me passant une roulette de Zizou. Il termine en copeaux de petit bois.
Après une victoire 10-9 dûrement acquise grâce à votre serviteur, nous partons faire bombance et nous abreuver de bière. Fort heureusement, le dîner est bien meilleur que le déjeuner. L'ambiance est fort sympathique et finalement nous allons nous coucher un brin émechés.

Le lendemain, gros programme. On a pas mal de trucs à voir. On roule au milieu du désert pendant des heures et des heures... Par moments, on se croirait sur Mars...


On voit des paysages pour le moins inhabituels :


Et mêmes des flamants roses :





Ca, c'est l'arbre de pierre. Celui ou celle qui me demande pourquoi on l'appelle comme ça est prié(e) de sortir.





Ensuite, nous arrivons à la Laguna Colorada. Manque de pot, il est déjà assez tard et l'ombre des montagnes alentour nous empêche de distinguer ses somptueuses nuances rouges vif. Une fois de plus, les flamants roses sont de sortie :


Puis, on arrive au second gîte où nous passerons la dernière nuit du voyage, à 4400 mètres d'altitude. On se pèle littéralement le jonc mais on se réchauffe à la bière et au vin rouge bolivien pabong.
Le lendemain, réveil à 4h30 du mat pour voir les geysers du Sud Lipez. Après une heure de trajet en mode comatage, nous y sommes :
Etonnifiant, n'est ce paaaaaas ?
Enfin, nous terminons par le plus spectaculaire : La Laguna Verde, au pied du volcan Licancabur (5920 m), à la frontière Chilienne.



Pour finir, notre édenté nous dépose à la frontière du Chili. Là le groupe se scinde en deux entre ceux qui continuent vers San Pedro de Atacama, au Chili (à 1h15 de la frontière) et ceux qui retournent à Uyuni (8h dans le tape-cul...). Je fais partie du premier groupe. Avant de se séparer, une petite photo-souvenir s'impose :

Quelques secondes plus tard, un invité-surprise fait son apparition :



Un renard, le ptit saligaud ! Il essaie de nous amadouer pour nous soutirer un peu de nanan. Daniel, le barman fou de Buenos Aires, tente de l'apprivoiser. Il n'est pas loin d'y parvenir mais finalement la bête s'en va brocouille.


Finalement, tout le monde se dit au revoir et je continue ma route vers San Pedro de Atacama avec 3 uruguayennes et Pete, un anglois funny la momie.

A suivre...

9 commentaires:

curo a dit…

Légendaire !!!

Moumakita s'est elle faite satelliser par la guagua ?

Maxime a dit…

Non, fort heureusement Moumakita n'était pas dans son bouiboui mobile au moment de l'impact. Elle aurait été tout bonnement réduite en polenta humaine. Par contre, tel le Duc dans Big Lebowski, elle n'était pas ravie ravie lorsqu'elle a constaté les dégats... whuuuu !!

curo a dit…

C'est un peu triste pour la moumak quand on voit la ptite photo où elle lutte pour pousser son bouzin à roulettes. Mais c'est tellement drole.
Ca lui apprendra à vendre des hot dog au chien.

Anonyme a dit…

21/11 - 02/12 .. 11 jours que nous sommes sans nouvel du blog de Max M certainement enfoui sous des tonnes de sili"connes". Messieurs mobilisons nous et manifestons ce week end place du Trocadéro ... il doit y avoir encore qq pancartes qui trainent pour Ingrid on peut les récupérer.

Maxime a dit…

Anonymous, ne te fie pas à la date de publication indiquée (21 novembre). Pour une raison que j'ignore, la date de publication affichée a été décalée de 5 jours, et c'est pas la première fois que ça me fait le coup...

Marcoda a dit…

Y marche plus ton numéro de portable?? je viens de faire un test, mais ya tellement de numéros que je dois fourcher..
En tout cas, comme dirait ma grand-mère "mazette, c'est beau".
Tu restes à Buenos Aires jusqu'à quand exactement? J'ai plus un radis, mais on a encore le droit de rêver bordel, non??
Marcoda (ouna)

ps : big up à mon homie George Best, et biz à Vrano, Curoda (ouna), à Luther et aux vieux faisans/darons

Maxime a dit…

Salut à toi, maître Marcoda. Je quitte Buenos Aires ce samedi 6 décembre, non sans un pincement au coeur, car je commençais à bien aimer la ville. Mais la traversée du nouveau monde doit continuer coûte que coûte donc je me casse negro, 0 à 100 en 4 secondes... Direction Ushuaia.
Si jamais tu te refais une chtite santé financière, tu peux d'ores et déjà prendre ton billet pour Bogota : j'y serai à partir du 25 décembre et mon bigoudi farceur me dit que ce sera pas que pour coller des gommettes... Allez, quoi, fais pas ta timide, ho oui, ho non !

BOOBA a dit…

t'as voulu doubler le duc, tu vas t'la prendre dans le huc

benjamin a dit…

Ce blog n'est plus que l'ombre de lui meme si tu continues ainsi, chaque semaine qui passera dorenavant sans nouvelle de ta part se verra puni par une de tes affaires mise sur le trotoire et ainsi de suite jusqu'au scooter.
Desole mais au vue de ton attitude je n'ai plus le choix que de te menacer.
Je ne te salue pas.